En visite à Ankara mardi pour discuter de la situation en Syrie après la chute de Bachar El Assad, Ursula Von Der Leyen s’est affichée tout sourire au côté du dictateur turc Recep Tayyip Erdogan. L’occasion pour la présidente de la Comission européenne d’annoncer un nouveau financement de l’UE à la Turquie à hauteur d’un milliard d’euros pour « l’aide aux réfugiés syriens ».
Ursula Von der Leyen semble par ailleurs être victime d’une amnésie sélective. Le Monde se souvient de son humiliation le 6 avril 2021 par Erdogan dans l’affaire dite du « sofagate » et de cette photo d’Erdogan et Charles Michel assis côte à côte alors qu’Ursula Von der Leyen avait été installée dans une canapé à plusieurs mètres des deux hommes. Elle a pris cette semaine la décision de donner un peu plus de pouvoir au dictateur turc dans la gestion de la crise syrienne en lui donnant des moyens financiers supplémentaires.
La Turquie a grandement participé à la prise de Damas par les « rebelles » syriens après plusieurs années de bombardements et de massacres sur les régions syriennes contrôlées par les forces démocratiques kurdes, au Rojava notamment.
Le chef autoproclamé de ce mouvement de résistance s’appelle Abou Mohammad Al-Joulani. Aujourd’hui à la tête du groupe islamiste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS), il était il y a quelques années proche de Daech puis chef de la branche syrienne d’Al Qaïda, le mouvement Al-Nosra.
Cette prise de pouvoir semble pourtant être perçue comme un « ouf » de soulagement par les puissances occidentales, Ursula Von Der Leyen en tête. Comme si un chef terroriste djihadiste reconnu pouvait s’être repenti pour devenir un garant des libertés démocratiques, un défenseur des droits humains, du respect des droits des femmes et des minorités. Personne ne fût surpris donc qu’Erdogan soit à la manoeuvre pour installer les forces djihadistes « rebelles » au pouvoir en Syrie. Il me semble utile de rappeler que ces mêmes troupes djihadistes ont combattu aux cotés des envahisseurs Azéris en 2020 pour prendre le contrôle de l’Artsakh. Et par qui étaient payés ces mercenaires djihadistes ? L’Azerbaïdjan et sa grande soeur la Turquie.
Quel sort pour les femmes syriennes, premières victimes de ce conflit, elles qui subissaient déjà violemment le régime dictatorial de Bachar El-Assad ? Quel sort pour les dizaines de milliers d’Arméniens de Syrie et pour toutes les minorités ? Les nouvelles autorités syriennes auraient déclaré aux responsables de la communauté arménienne leur « garantir la sécurité », allant même jusqu’à leur conseiller de rouvrir leurs églises et leurs écoles.
Nos inquiétudes restent pourtant immenses et les puissances occidentales devraient peser de tout leur poids pour veiller à leur sécurité. Le G7 a déclaré cette semaine se tenir prêt à soutenir une transition vers un gouvernement «inclusif et non sectaire» et appelé ses nouveaux dirigeants à soutenir les droits des femmes, l’État de droit et «les minorités religieuses et ethniques». Nous attendons de voir comment va se matérialiser concrètement ce soutien. Nous avons déjà pu constater avec amertume ces derniers jours que des monuments religieux et des tombes de Chrétiens orthodoxes ont été profanées à Hama.
Quid de l’Arménie ? Le pays dirigé par Nikol Pashinyan devrait prendre sa part et se préoccuper vivement du sort des Arméniens de Syrie. Il semble pourtant que ce ne soit pas le cas mais là encore, devons-nous être étonnés ?L’Ambassade arménienne à Damas a récemment rouvert ses portes et le Consulat à Alep devrait suivre, quelques semaines après sa fermeture et la fuite de ses membres, sans un mot à la communauté arménienne locale. Permettez-nous donc de douter de l’intérêt porté par le gouvernement arménien à nos frères et soeurs de Syrie.
Quelle réaction du Haut-Commissaire arménien à la Diaspora Zareh Sinanyan ? Lui semble accorder plus d’importance à sa rencontre avec des défenseurs de l’Azerbaïdjan plutôt qu’à compatriotes de Syrie. (Il a rencontré notamment un soutien fidèle du régime Aliyev à Paris, Jean-Christophe Bas). Sa seule déclaration sur la situation a été réalisée pour le média « ArmLur ». Je cite : « Quant au sort de nos compatriotes, vous posez une question tellement difficile. Je ne suis pas Nostradamus pour pouvoir le dire. ».
Eh bien Monsieur Sinanyan, une chose est sûre, vous n’avez pas beaucoup de points communs avec Nostradamus. Si ce n’est que sa renommée n’a d’égal que votre incompétence et votre mépris de nos compatriotes de Diaspora.
Varenag
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