
Zabel Yessayan, née Zabel Hovhannessian le 4 février 1878 à Scutari (Constantinople, Empire ottoman) et morte en 1943 en Transcaucasie, est une écrivaine, traductrice, romancière et intellectuelle arménienne de premier plan. Elle est l’une des rares femmes autrices de la période ottomane à avoir marqué la littérature arménienne par ses écrits engagés et sa voix militante pour la défense des droits de femme. Dès son jeune âge, elle s’oppose aux normes patriarcales et adopte une attitude résolument indépendante, que l’on retrouve tout au long de sa vie. Survivante des persécutions lors du génocide des Arméniens de 1915, elle s’exile en Bulgarie puis se rend, a plusieurs reprises, en France avant de retourner en Arménie soviétique en 1933 à l’invitation du gouvernement, où elle devient titulaire de la chaire de littérature occidentale à l’Université d’État d’Erevan. Accusée d’activités contre-révolutionnaires, elle est arrêtée lors des Grandes Purges staliniennes en 1937 et meurt en captivité en 1943, dans des circonstances non élucidées.
Zabel Yessayan grandit dans le quartier cosmopolite de Scutari, à Constantinople, où elle reçoit une éducation arménienne et française. Très tôt, elle se passionne pour la littérature et la philosophie. Elle quitte son pays natal pour s’installer à Paris en 1895, où elle étudie la littérature à la Sorbonne et au Collège de France. Cette période parisienne lui permet de s’immerger dans les courants intellectuels et littéraires européens, tout en restant profondément engagée dans la cause arménienne. Elle se forme également dans la traduction, s’intéressant aux œuvres de Victor Hugo, Émile Zola et d’autres grands écrivains de l’époque.
De retour dans l’Empire ottoman au début du XXe siècle, Zabel Yessayan combine ses expériences européennes avec un regard critique sur la condition des femmes et des Arméniens sous la domination ottomane. Ses écrits reflètent une pensée radicale pour son époque, ancrée dans des idéaux humanistes et révolutionnaires. Durant sa carrière, elle enseigne également dans plusieurs établissements éducatifs et contribue activement aux mouvements féministes et littéraires arméniens.
Zabel Yessayan est l’autrice de plusieurs ouvrages importants qui ont marqué la littérature arménienne. Parmi ses œuvres les plus connues figurent :
– Dans les ruines (1911) : témoignage bouleversant sur les massacres de Cilicie en 1909 dans lequel Yessayan documente avec compassion et lucidité la détresse des Arméniens du « Yerguir ».
– Les crépuscules de Scutari et autres histoires (1905) : Recueil de nouvelles dans lequel l’autrice explore les thèmes du désespoir, de l’oppression sociale et de l’identité à travers des récits profondément humains. « Les crépuscules de Scutari » aborde les souvenirs de son enfance dans un quartier multiculturel de Constantinople, où se croisent les destins et les histoires des différentes communautés.
– Les Jardins de Silihdar (1935) : Récit autobiographique qui reflète les souvenirs d’enfance de Yessayan. Elle y évoque les jardins de son quartier d’enfance à Constantinople, entrelaçant des moments de bonheur passé avec une réflexion sur l’innocence perdue et l’exil.
Le style de Zabel Yessayan se distingue par une écriture à la fois réaliste et empreinte de lyrisme. Profondément engagée, elle utilise souvent sa plume pour dénoncer les injustices sociales, politiques et de genre. Ses textes sont marqués par une sensibilité aiguë aux questions de l’exil, du déracinement et de l’identité. Elle s’emploie également à défendre les droits des femmes, en exposant leurs luttes et aspirations dans un monde dominé par les hommes.